Été 2026, le mégafeu de Saumos, en Gironde, a failli embraser
Bordeaux. Il a entraîné l’évacuation de 224 000 personnes, par voie
terrestre et maritime. Au total, du 23 au 27 juillet, 42 000
hectares de « forêts », composés essentiellement de peuplements de
pins maritimes en monoculture, ont été détruits. L’incendie n’aura
été officiellement déclaré éteint que le 28 septembre
(source : Le Monde) , soit plus de deux mois après son déclenchement.
Des fumées toxiques ont traversé tout le pays, puisqu’elles ont été
perçues jusqu’en Suisse. Sans même parler des énormes quantités de
carbone libérées dans l’atmosphère et qui aggravent le dérèglement
du climat, ces émanations provoqueront malheureusement un grand
nombre de pathologies et de décès prématurés dans les zones
contaminées.
Ce feu est une conséquence inéluctable de la destruction et de la
transformation de la plus grande zone humide de France en une
plantation artificielle extrêmement inflammable. Nul ne peut ignorer
qu’il a été alimenté par la présence quasi-exclusive d’une
végétation hautement combustible.
L’immense zone humide qui composait autrefois le territoire a été
drainée, asséchée, à la fin du XIXe siècle, et sa culture
agropastorale multimillénaire effacée au nom de la raison sanitaire,
mais en réalité à des fins essentiellement économiques et
extractivistes.
Les feux, spontanés ou dirigés, ont touché depuis des temps
immémoriaux ce territoire, mais ce dernier n’aurait pas été aussi
vulnérable sans cette énorme plantation industrielle qu’on persiste
encore à appeler « forêt ».
Un territoire à réinventer
Ce mégafeu doit provoquer un sursaut collectif et politique majeur
pour transformer positivement cette erreur écologique historique qui
a failli ruiner une métropole régionale prestigieuse, un terroir
viticole mondialement connu et, sans doute, failli causer la
disparition de milliers de vies humaines.
Enfin, ce feu n’est rien en comparaison des mégafeux potentiels de
ce million d’hectares de combustible que sont ces plantations
artificielles des Landes.
Un espace en « libre évolution »
Saisissons-nous de cette dystopie de juillet comme d’une chance, par
respect pour les milliers de sinistrés qui ont tout perdu, par
considération pour les pompiers et gendarmes qui ont parfois risqué
leur vie et sans aucun compromis pour leur santé.
Saisissons-nous de ces dizaines de milliers d’hectares déjà (ou
bientôt) calcinés comme d’un outil scientifique dédié à la
réparation, à la régénération, comme d’un laboratoire de recherche
inestimable pour la compréhension des stratégies d’adaptation
naturelles à l’œuvre dans le cadre du dérèglement climatique.
Regardons ces milliers d’hectares, non comme des terres perdues,
mais comme les premières pages d’un paysage à réinventer pour la
prospérité des générations futures.
Créons la plus grande réserve naturelle d’Europe de l’Ouest,
saisissons comme une inestimable opportunité ce territoire
aujourd’hui en cendres pour laisser se reconstituer une immense zone
protégée, laquelle pourra être, pour les siècles à venir, un outil
de sécurité, d’assurance-vie pour le sud-ouest de la France, pour
l’agglomération de Bordeaux, pour ses vignobles, son tourisme et
pour la sauvegarde de la biodiversité du pays tout entier.
Le botaniste Francis Hallé [1938-2025] cherchait 70 000
hectares pour recréer une forêt primaire dans cette zone du
continent. Une occasion unique nous est donnée avec ce mégafeu de
laisser le génie naturel créer un espace en « libre évolution » à la
hauteur de son rêve.
Retrouver la diversité des paysages
Mobilisons ces terres dévastées pour redonner aux paysages des
Landes de Gascogne une vraie place, riche et protectrice, dans ce
territoire aujourd’hui abandonné à la seule productivité.
Permettons le retour d’une immense zone naturelle, où même la pinède
et le feu auront sans doute une place, mais dans une mosaïque
spontanée d’une grande diversité de milieux : forêts, landes sèches,
landes humides, marais, tourbières, prairies, lagunes, ripisylves…
Faisons d’un cauchemar un rêve pour l’Europe. Résistons à la
désolation. Laissons place à un nouvel imaginaire, au service de la
liberté et de la beauté de la vie.
Faisons toutes et tous ensemble de ce drame l’occasion de réaliser
un rêve : laisser les Landes de Gascogne réinventer par elles-mêmes
les paysages naturels du XXIe siècle.